31.05.2007

Lettre ouverte à Monsieur Xavier Darcos

Villeneuve-la-Garenne, le 25 mai 2007



Monsieur le Ministre de l'Education Nationale,


Nous sommes enseignants ou membres de la vie scolaire au collège Georges Pompidou de Villeneuve-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine, où les conditions de sécurité et surtout d'enseignement sont particulièrement dégradées. Celles-ci s'annoncent d'autant plus terribles l'année prochaine que, par décision académique et sous couvert d'une hypothétique baisse du nombre d'élèves, trois classes vont être fermées, cinq postes d'enseignants et 115 heures hebdomadaires seront supprimées.

Nos appels à l'aide auprès de l'Inspection Académique de Versailles n'ayant pas été suivis de résultats satisfaisants, nous nous sommes particulièrement mobilisés avant les vacances de Pâques : le collège a été bloqué une semaine par les parents d'élèves et les professeurs solidaires et nous avons multiplié les modes d'action pour nous faire entendre, interpellant hommes politiques et médias. Malgré cela, nous n'avons obtenu que des avancées matérielles (infirmerie, matériel informatique) et seulement 18h30 heures supplémentaires pour le collège et la SEGPA.

Cela nous semble très insuffisant et nous regrettons fortement les mesures d'économie faites là où les besoins sont les plus grands. C'est notamment le cas dans les classes d'enseignement adapté, les SEGPA, amputées de 23 heures hebdomadaires l'an prochain, ce qui entraînera la suppression de l'enseignement des arts plastiques ou la pratique de demi-groupes en anglais ou en technologie, pourtant indispensables à un enseignement dit "adapté".
Selon le journal Libération du 23 mai, à propos de la carte scolaire, vous assurez pourtant à la FSU que même en cas de baisse du nombre d'élèves, les moyens prévus pour les collèges défavorisés ne seraient pas revus à la baisse. Ce n'est hélas pas le cas chez nous où les hypothétiques baisses d'élèves ont été anticipées.

Nous déplorons aussi très fortement le nombre insuffisant de membres de la vie scolaire dans ce collège, 7 pour 670 élèves, soit un pour cent. Or le collège, qui doit être réhabilité, va connaître dès l'année prochaine trois ans de travaux, et les zones de non droit qui existent déjà au sein du collège, une véritable souricière, vont être encore multipliées sans que la création de postes d'assistants d'éducation ne soit prévue, malgré nos revendications.

Nous avons été reçus par l'Inspection Académique de Versailles la semaine dernière. Elle dit ne pas avoir de moyens supplémentaires à nous donner, même si elle regrette de voir non pourvus les trois postes si précaires d'AES. L'Inspection affirme par ailleurs que nous ne sommes pas si mal lotis comparés à d'autres.

Nous restions donc particulièrement insatisfaits et en alerte quand, outre les violences et incidents quotidiens, de terribles événements sont venus hélas confirmer notre inquiétude. En effet, vendredi 11 mai, lors d'un prétendu jeu de "petit pont massacreur", un élève de 6ème a été battu par une dizaine d'autres enfants en pleine cour de récréation. Le même jour, nous apprenions le viol d'une jeune fille de 15 ans, élève de 3ème SEGPA, commis la veille dans l'enceinte même du collège, près du réfectoire, à 11 heures du matin…

Très inquiétante encore, la réponse de l'institution à ces affaires nous semble profondément insuffisante. L'ensemble des parents d'élèves n'a pas été informé de ces événements par le collège, malgré la demande des délégués de la FCPE d'organiser une réunion qui s'est tenue finalement, sans l'aval de la direction, devant les grilles du collège. Les élèves eux-mêmes ont été davantage renseignés par la rumeur que par les professeurs à qui l'on a dit de ne plus en parler en classe et qui n'ont pas reçu, comme ils le demandaient, une formation pour aborder de manière pédagogique ces graves problèmes avec les élèves. A la demande des enseignants, une cellule d'écoute a été mise en place, pendant un jour et demi seulement. Elle n'a évidemment pas pu recevoir tous les élèves qui le souhaitaient. Cette maigre présence a néanmoins dispensé la direction du collège de poursuivre dans chaque classe l'indispensable rappel de la Loi. En cela, l'école suit la loi du silence qui pèse en banlieue, car de très lourdes pressions pèsent évidemment sur la jeune fille victime de ces violences sexuelles.

C'est hélas la troisième fois en dix ans qu'un viol touche des élèves de ce collège. Que faut-il faire pour que les choses changent dans notre établissement ? Est-il juste de faire des économies au détriment des collèges défavorisés? Ne faut-il pas leur accorder des moyens matériels et humains suffisants, pour qu'ils ne se transforment pas en ghettos ou en zones de non-droit ?

En désespoir de cause, nous avons aussi décidé d'interpeller publiquement le Président de la République, en espérant qu'il vous donne les moyens nécessaires dont il ne faut pas priver l'Education Nationale.

En nous remerciant de l'attention que vous porterez à cet appel à l'aide, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Ministre, nos respectueuses salutations.



Le personnel mobilisé du collège Georges Pompidou

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